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la Section de philosophie et des sciences
sociales de l’Institut d’Estudis Catalans

l’Alguer

 

 

En Italie, en Sardaigne, la ville et le territoire de l’Alguer sont de langue catalane depuis la conquête de cette île au Moyen Âge, au cours de l’expansion catalane en Méditerranée. L’Alguer était stratégique, à la pointe nord-ouest de l’île, et constituait un pont avec la Catalogne, passant par Menorca. De plus il y avait la baie de l’Alguer et la grande anse intérieure du Port del Comte pour les flottes de guerre, protégée par des tours de défense. Pour mieux contrôler une île toujours turbulente, après avoir expulsé les habitants sardes et génovais, en 1354 la cité de l’Alguer avait été repeuplée de catalans du continent. Ils sont resté ici, jusqu’à aujourd’hui, intégrant les migrants sardes attirés par la ville. Cela en dit long sur la capacité de survie d’une langue quand les gens l’utilisent. En Sardaigne le catalan a été la langue administrative pendant plusieurs siècles. C’est pour cela que la langue sarde a intégré quelques milliers de mots d’origine catalane. Ajourd’hui l’italien, peu à peu, évince les autres langues.

L’Alguer n’est pas aussi petit que certains l’imaginent. Ses 225 km2 et ses 45.000 habitants en font l’équivalent d’une comarque catalane moyenne, et la ville de l’Alguer est semblable à Vic ou à Figueres. Construite sur un promontoire rocheux qui protégeait le port, elle se développe aujpourd’hui vers sa périphérie et le long de la côte. La toponymie catalane est restée sur tout le territoire, comme on le constate sur la carte. Entre les hauteurs, à l’ouest comme à l’est, s’étend une plaine agricole,

avec aujourd’hui l’aéroport, plus marécageuse près de la côte, avec l’étang du Càlic. Pendant l’époque fasciste on y a fait des bonifications, c’est-à-dire du draînage et des cultures, avec l’installation de julio-istriens et la création d’un nouveau village, Fertília. Tout le nord-ouest est le parc naturel régional de Port del Comte, et l’ancien bagne de Tramariu est aujourd’hui un centre de recherche sur les écosystèmes méditerranéens et marins. Les activités tradsitionnelles sont la pêche, en particulier celle de la langouste, le ramassage et l’artisanat du corail, aujourd’hui réglementés, une agriculture méditerranéenne et tout particulièrement la vigne, avec des coopératives et le cellier d’une prestigieuse entreprise viticole.

Après des siècles d’isolement, la grande vague touristique a commencé au cours des années soixante, d’abord italienne et aujourd’hui internationale, avec une constante immigration sarde, comme il est habituel d’un pays plus pauvre vers une ville prospère. La spéculation immobiliaire, qui progressait le long de la côte à la mode baléare, a été stoppée dans les années quatre-vingt-dix par une équipe municipale progressiste qui, sans limiter le tourisme, a protégé ces splendites côtes.

Le catalan s’est maintenu jusqu’à aujourd’hui, malgré les siècles d’isolement, la grande vague touristique et l’immigration sarde. Il faut mettre en avant l’action des associations, en particulier de l’Obra Cultural de l’Alguer. Les interventions des institutions ou des entités de Catalogne n’ont pas toujours été opportunes, mais aujourd’hui une délégation de l’Institut d’Estudis Catalans avec des membres alguérais de notre académie vient de s’ouvrir et il s’est créé un Office Linguistique Communal. Dans le cadre de la loi sur les langues de l’État italien, le Conseil de la région autonome de Sardaigne vient de voter une loi de régulation du sarde et des trois autres langues de l’île, le catalan de l’Alguer, le corse parlé dans le nord et le ligurien, c’est-à-dire le génovais des petites îles du sud. Elle permettra de les introduire dans les écoles et dans les radios, ce qui se faisait déjà à l’Alguer pour le catalan, qui s’en trouvera renforcé.

Avec l’amélioration des communications aériennes avec la Catalogne se sont accrues récemment. Ainsi, de même que tout bon musulman doit faire le voyage à la Mecque, il n’y a pas de bon catalan qui n’aille à l’Alguer. Savez-vous que depuis l’aéroport de Girone ou de Barcelone vous pouvez y aller pour très peu d’euros? Quand vous y serez, ne manquez pas l’énigmatique nurag de la Palmavera, ni la baie si bien protégée du Port del Comte, ni les impressionnantes falaises du Cap de la Caça, ni les plages de sable fin, ni l’authentique artisanat du corail, ni les rues de la vieille ville, la Barceloneta comme la nomment les alguérais, ni évidemment l’exquise cuisine du poisson et les fruits de mer, ni le torbat, qui est l’autre nom de la malvoisie.

Joan Becat

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