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la Section de philosophie et des sciences
sociales de l’Institut d’Estudis Catalans

la Frange du Ponant

 

La Frange du Ponant faisait partie du Principat de Catalogne mais appartient administrativement à la Communauté autonome d’Aragon. Elle s’y trouve répartie entre les provinces de Huesca, de Saragosse et de Terruel. Cette zone de langue catalane a de vingt à trente kilomètres de large et va d’un bout à l’autre de la Catalogne, soit plus de deux cents kilomètres de longueur. Elle est formée d’un chapelet de comarques en contact étroit avec la Catalogne: au nord, dans les Pyrénées, une partie de la Ribagorça, puis la Llitera, le Baix Cinca avec Mequinensa et Fraga, la principale ville, et une partie de la Ribera d’Ebre dans la plaine de Lleida et, dans les montagnes du sud, une partie de la Terra Alta et le Matarranya, avec Calaceit et Vall-de-Roures. La Frange a une superficie de 3.925 km2 et 68.000

habitants. Au nord de la Frange, dans la vallée de Bènasque, on parle un catalan de transition avec l’aragonais. Là sont le massif de la Maladeta et le Pic d’Aneto, le plus élevé des Pyrénées avec 3.404 m. L’économia est essentiellement agricole, avec du tourisme dans les Pyrénées. Les communes de la Frange vivent davantage en relation avec la Catalogne, avec Lleida et Tortosa comme centres, qu’avec les villes d’Aragon.

La situation de la Frange est ancienne. Pour la partie nord, le roi Jacques 1er avait fixé la frontière entre la Catalogne et l’Aragon à la rivière Cinca, suivant en cela la limite linguistique. Mais en 1300 Jacques II a penché en faveur de l’Aragon, fixant la limite plus à l’est, sur la Noguera Ribagorçana. Les Corts catalanes ne l’ont jamais accepté, mais c’est toujours la limite actuelle. Dans la partie sud, dans les territoires de conquête au Moyen-Âge, la limite suit les territoires cédés à l’ordre monastique et militaire de Calatrava pour la partie en Aragon, et aux ordres des Templiers et des Hospitaliers pour la partie en Catalogne.

La Frange le pays catalan qui a le plus fort pourcentage de locuteurs. Selon des données de 2008 plus des trois quarts de la population utilisent le catalan de manière habituelle. Mais cette langue n’y est pas reconnue car la Communauté autonome d’Aragon ne lui a pas donné un caractère officiel dans son statut de 1982. Ce texte affirme “la protection des langues et modalités linguistiques propes à l’Aragon”, sans préciser lesquelles ni prévoir des applications. En 1984, dans la déclaration de Mequinensa, les maires de la Frange demandent la normalisation de l’usage de la langue et son enseignement. Mais les embûches, les inerties et les oppositions politiques ne l’ont pas rendu possible, allant récemment jusqu’à des vandalismes contre les écoles où s’enseigne le catalan.

Ainsi, à quelques kilomètres de distance et dans un même État, le català est officiel, enseigné et présent à Lleida, et dans la Frange du Ponant il n’est ni reconnu ni aidé et demeure sans droits. Pire, la langue catalane y est délibérément discriminée. C’est un cas digne d’un tribunal des droits de l’homme. Dans cette situation lamentable, l’aragonais, la langue autoctone de l’Aragon, toujours parlée dans les vallées pyrénéennes, n’est pas reconnu non plus. Les trois partis qui alternent au pouvoir régional, seuls ou en coalition, le parti socialiste, le Partido Popular le parti aragonais ou PAR, un parti de droite viscéralement anticatalan, n’ont pas appliqué le statut et favorisent la substitution par le castillan. Un groupe d’entités de la Frange a dénoncé le gouvernement d’Aragon auprès du Conseil d’Europe qui, en 2008, a demandé au gouvernement espagnol d’établir un cadre de protection et de promotion du catalan et de l’aragonais. En guise de réponse, en 2010, le gouvernement aragonais du PP et du PAR a approuvé une loi sur les langues qui, en plus d’être restrictive pour le catalan, lui ôte son nom.

Comme toujours dans des situations semblables, c’est la société qui réagit positivement, avec ses faibles moyens. Nous rencontrons dans la Frange des associations culturelles catalanes et des associations de parents d’élèves dynamiques, et la plupart des mairies soutiennent l’enseignement du catalan, en général en tant qu’option ou initiation.

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