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la Section de philosophie et des sciences
sociales de l’Institut d’Estudis Catalans

la Catalogne

 

La Catalogne est le maillon fort des Pays Catalans, l’élément vertébral, le territoire où le catalan a le plus de poids et son avenir assuré. C’est aussi celui où il y a clairement – et comme fait majoritaire – le sentiment de nation catalane. Ses limites actuelles sont le résultat de la réunion de quatre províncies espagnoles, avec 32.108 km2 et 7.556.000 habitants. Mais la Catalogne historique comprenait aussi la Frange du Ponant, l’Andorre et la Catalogne Nord. Ceci dit, que serait la Catalogne sans les Pays Catalans ? Ce sont eux qui font de la Catalogne plus qu’une région et du catalan plus qu’une langue locale. Ceci impose à tous des droits et des devoirs, entre autres la solidarité et la cohésion.

Il faut souligner l’effet structurant pour la Catalogne et le rôle positif de métropole européenne qu’apporte Barcelone. L’agriculture a régressé et maintenant se maintient en se spécialisant, mais les pièces fortes de l’économie sont l’industrie, les services et le tourisme. L’industrie, diversifiée, représente le quart de celle de l’État. Elle s’est adaptée et exporte à l’international plus que dans la péninsule. La Catalogne est la première région touristique de l’Espagne et, au niveau régional, une

des premières en Europe pour la fréquentation et la capacité d’accueil. Anecdotiquement, c’est illustré par Barcelone qui est, avec Paris, New-York et Rome, une des quatre villes les plus photographiées au monde.

Ceux qui pensent que la Catalogne ne survivrait pas sans l’Espagne se trompent. C’est l’inverse. La Catalogne continuerait son chemin et l’Espagne serait plus faible et désorganisée. En effet, si elle était membre de l’Union Européenne, son PIB la situerait en onzième place des 28 membres, et bien avant en PIB par habitant en standard de pouvoir acquisitif, avec les Pays-Bas, l’Irlande, la Suisse et le Danemark, c’est-à-dire des États de taille moyenne qui lui sont comparables. Est-ce que le Portugal et le Danemark sont inviables et perdus dans l’Europe?

La Catalogne a gagné son autonomie par la volunté unanime de ses citoyens, avant et pendant la transition. Sans la Catalogne la Constitution espagnole ne serait pas la même, sans elle les autres autonomies n’existeraient pas. Avec le statut de 2006 complet l’intégration de la Catalogne dans l’État espagnol aurait été définitive. Avec l’anticatalanisme du Partido Popular et la sentence de 2010 du Tribunal Constitutionnel, l’Espagne nationaliste et arrogante de toujours a donné des ailes à l’indépendantisme catalan, qui s’est développé jusqu’à être aujourd’hui majoritaire.

La grande injustice du financement des autonomies et la dimension de la spoliation fiscale apparaissent dans les résultats du modèle de financement autonomique de 2014 publiés par le ministère des finances espagnol en 2017. Il y apparaît que la ponction fiscale en Catalogne, avec 2.422 euros par habitant, est des trois plus fortes de l’État, avec Madrid et les Îles Baléares. Cependant, après la répartition finale des ressources et de la solidarité interterritoriale, la Catalogne passe parmi les dernières autonomies, au-dessous de la moyemme de ressources avec 2.196 euros par habitant, soit un déficit de -9,4%. Pendant ce temps l’Extrémadure passe de 1537 à 2669 euros (+74%), et Castille-la-Manche de 1732 à 2.363 euros par habitant (+36%). Même des communautés autonomes qui ont une capacité fiscale au-dessus de la moyenne et proche de la Catalogne, et qui par conséquent devraient être contributrices, bénéficient de cette répartition injuste. C’est le cas par exemple de l’Aragon et de la Cantabrie, qui versent 2.352 et 2.326 euros par habitant, et qui obtiennent à la fin un financement autonomique de 2.631 et 2869 euros, soit respectivement +12% et +23%. À noter que le Pays Basque et la Navarre ne participent pas à la solidarité interterritoriale et ont les ressources par habitant les plus élevées de l’État.

Aujourd’hui la Catalogne est dans l’actualité européenne et mondiale. Bien qu’interdit et violemment réprimé par le gouvernement espagnol, le référendum d’autodétermination a réellement eu lieu le 1er octobre 2017, avec un oui à l’indépendance. Mais la République proclamée le 27 octobre par le président Carles Puigdemont n’a pas été rendue effective. L’application de l’article 155 de la Constitution a suspendu le gouvernement de Catalogne, a provoqué l’arrestation ou l’exil des conseillers, du président, et la dissolution du parlement, c’est-à-dire un coup d’État sous une couverture de légalité constitutionnelle. Les élections du 21 décembre 2017 ont donné une nouvelle fois une majorité indépendantiste au parlement de Catalogne. Quoi qu’il en soit, il fandra trouver une solution à la volonté d’émancipation d’une majorité citoyenne catalane.

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