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la Section de philosophie et des sciences
sociales de l’Institut d’Estudis Catalans

les Îles Baléares

 

Les Îles Baléares, avec quatre îles principales habitées, Mallorca, Menorca, Eivissa, Formentera, et des petites îles et îlots, forment une Communauté autonome de l’État espagnol, avec une seule province et un total de 4992 km2 et 1.125.000 habitants. L’identité de chaque île est très marquée et, de plus, il y a très peu de vols directs de Menorca à Eivissa, aux deux extrêmes, alors que l’on peut aller à Mallorca ou à Barcelone à tout moment. Cela justifie que chaque île ait un Conseil insulaire doté de larges prerrogatives. Son statut d’autonomie fut un des deux derniers à être accordés, avec des contenus à minima, par exemple sans compétences sur l’enseignement. Depuis on s’efforce d’obtenir des améliorations. La négociation de sa rédaction fut marquée par un conflit pour une virgule : « la langue catalane (,) propre des Îles Baléares (,) est officielle…. ». Le sens de la phrase change totalement selon que l’on met ou pas cette virgule. Bataille gagnée et virgule écrite.

Aux XIIIe et XIVe siècles, Jacques 1er a créé un royaume de Mallorca avec les îles, Montpellier et ce qui est aujourd’hui la Catalogne Nord. Dominant Perpignan il y a toujours le Palais des rois de Mallorca. À cette époque, les Baléares avaient une position stratégique car elles formaient un pont d’îles de la côte de Catalogne

vers la pointe nord de la Sardaigne, où il y a l’Alguer, puis vers le sud, la Sicile et l’Orient, c’est-à-dire un chemin maritime sous domination catalane. Plus tard, au XVIIIe siècle lorsque la Catalogne perdit ses institutions, les anglais, qui l’aidaient puis l’ont laissée seule, ont gardé Menorca pendant quatre-vingts ans car ils contrôlaient ainsi toute la Méditerranée occidentale.

Jusqu’à il y a peu, les Baléares étaient des terres de vie dure et d’émigration. Les habitants étaient surtout des ouvriers et des métayers pour le compte d’une aristocratie et d’une bourgeoisie qui possédait les terres, ou bien ils partaient vers la Catalogne, vers le sud de la France, vers le Maghreb ou les Amériques. À partir des années soixante et soixante-dix du XXe siècle, d’abord à Mallorca, puis à Eivissa, les îles ont connu le boom d’un tourisme massif qui changea tout, jusqu’au point de créer un concept et une expression utilisés partout dans le monde, la baléarisation. Corrélativement, il existe une grande force des associations écologiques, en particulier à Menorca, l’île la plus préservée.

Aujourd’hui les îles Baléares ont le PIB par habitant le plus élevé de l’Espagne, mais elles pâtissent comme la Catalogne d’un déficit fiscal démesuré qui leur porte préjudice. Les résultats du financement autonomique de 2014, publiés par le ministère des finances espagnol en 2017, font apparaître que la ponction fiscale des îles Baléares, avec 2.460 euros par habitant, est une des trois plus élevées de l’État, avec Madrid et la Catalogne. Mais après la répartition interterritoriale, la dotation passe à seulement 2.229 euros par habitant, au-dessous de la moyenne du financement des autres autonomies par l’État, soit un déficit fiscal de -9,4%. Pendant ce temps l’Extrémadure reçoit 2669 euros (+74%) ou la Castille-Léon 2.617 euros par habitant (+27%).

La population a plus que doublé et a dépassé le million d’habitants. Avec la croissance touristique les îles ont reçu de massives migrations de travail, avec surtout des personnes de langue castillane. S’hi rajoute l’installation de nombreux résidents européens, principalement allemands. Les migrants récents viennent surtout d’Amérique du sud et d’Afrique.

À cause de la forte immigration de tout l’État et de l’étranger, des effets linguistiques du tourisme, l’usage de la langue rencontre des difficultés, surtout au cours du dernier gouvernement du Partido Popular. La loi de normalisation linguistique de 1986, qui impose au moins le bilinguisme et interdit la ségrégation des élèves pour des raisons de langue, a coûté à s’implanter mais aujourd’hui toutes les plages d’enseignement sont en catalan pour la majorité des centres publics et pour plus de la moité des centres sous contrat. Le catalan est la langue habituelle pour la moitié de la population et plus des trois quarts peut le parler et le lire. De la Renaissance du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui les Îles produisent beaucoup d’écrivains de premier plan, des linguistes, et la population enracinée continue à utiliser sa langue. Il faut aussi remarquer le rôle en faveur de la langue de l’université, de l’Obra Cultural Balear, de l’Institut Menorquí d’Estudis et d’un fort mouvement associatif, culturel et citoyen.

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